« Je ne sais pas pourquoi je raconte tout ça, sans doute parce que j’aimerais moi aussi savoir qui je suis. »
Un homme qui ne peut se passer des hurlements de sa femme, un autre qui se fait arrêter par la police juste pour fumer une
cigarette au chaud, un petit monsieur sous une maîtresse de 192 kilos, une femme qui rêve de mettre KO son conjoint sur un ring…
Avec ces 75 nouvelles, David Thomas s’invite une nouvelle fois dans les interstices de nos vies. Rien n’est épargné, notre ridicule, nos cruautés, nos faiblesses ou nos inavouables arrangements avec nous-mêmes. Mais qu’ils nous fassent rire ou nous serrent le ventre, tous ces personnages portent aussi en eux ce qui peut faire de l’humain un être attachant à côté de qui on a envie de s’asseoir.
Mis au monde par un chirurgien incompétent, Denis est né « tout noir ». Il est atteint d’une encéphalopathie gravissime, qui va se doubler au fil des ans d’une hémiplégie, puis d’une épilepsie chronique. La narratrice est sa soeur aînée. Elle a grandi avec le poids de ce handicap qui terrasse tous les membres de cette famille d’agriculteurs solognots. Pourtant, l’histoire de la cohabitation avec ce frère-boulet, avec tous les drames et les tracas quotidiens qui s’ensuivent, est une histoire pleine de tendresse pour cet être difforme et bouleversant « qui s’accroche à la vie comme l’écureuil à son arbre ».
L’auteur réussit le tour de force de nous faire parfois sourire et même rire malgré tout ce malheur : ce boulet de Denis devient presque léger, il devient notre petit frère. Et quand, il finit par disparaître à 51 ans, on comprend avec la narratrice que ce n’est pas là « un soulagement, la fin d’un cauchemar », comme le lui suggèrent des amis, mais la fin d’un bonheur. Comme elle, nous en étions arrivés à croire Denis éternel, il nous avait transmis son humanité salvatrice.