Au début du XVIIIe siècle, le jansénisme a pris l’aspect d’une opposition religieuse et politique, et est suffisamment répandu pour inquiéter aussi bien Louis XIV que le pape. La bulle Unigenitus, édictée en 1713 par Clément XI, quatre années seulement après la destruction du monastère de Port-Royal, est destinée à éradiquer le mouvement. Pourtant, tout au long du siècle des Lumières, les résistances se font ardentes. La doctrine gagne une bonne partie des élites marchandes et des notables, rassemblant les fidèles autour des miracles du diacre Paris, créant de multiples réseaux, sur des bases qui ne suivent pas tout à fait la hiérarchie sociale. Son originalité est de fournir aux aspirations d’une bourgeoisie montante un terrain d’opposition qui l’aide à trouver cohérence et identité. Revenant sur cet aspect trop longtemps négligé du dossier janséniste, Nicolas Lyon-Caen s’interroge sur le lien entre la fidélité aux thèses jansénistes et l’appartenance à la bourgeoisie parisienne. À partir entre autres du fonctionnement de la « boîte à Perrette », sorte de caisse de secours clandestine au service des militants, cette enquête, fondée sur une documentation immense, met en lumière les pratiques sociales, économiques, politiques qui donnèrent sa cohérence au groupe. Renouvelant radicalement un sujet que l’on croyait bien connu, ce livre marque une étape dans l’exploration d’une question historiographique majeure et dans la défense d’une sociologie historique du fait religieux.
Steven KAPLAN, Jean-Philippe de Tonnac
Quelle problématique plus susceptible de nous faire pénétrer dans tous les domaines de la vie sociale, économique, politique, culturelle, psychologique, religieuse que celle du pain ?
La France n’est pas simplement « panivore », explique l’historien américain Steven Kaplan, elle est littéralement habitée par l’histoire de son pain. Dans ces entretiens, il revient sur cette passion fixe des Français qu’il a mise au centre de son ?uvre. Parce qu’on ne peut l’appréhender qu’au carrefour du matériel et du symbolique, qu’il fut à la fois raison de survie, promesse de salut, agent de sociabilité et marqueur de vulnérabilité pendant des siècles, scellant par là même le contrat social et dotant le pouvoir de sa légitimité, le pain appelait une immense enquête, à laquelle Steven Kaplan s’est attelé depuis quarante ans.
Soucieux de faire de l’histoire « totale », l’historien s’est même mis à fréquenter les fournils et à pétrir la pâte. Partant, il est devenu un expert incontesté et sans aucun doute le plus grand historien du pain français dans le monde. C’est ce parcours complexe de « gaijin », d’universitaire américain travaillant sur un sujet bien français, qu’il retrace ici, avec la rigueur intellectuelle et l’humour qui le caractérisent.
"Notre cupidité, notre soif de massacre paraît sans fin. La puanteur de l’argent infecte nos vies. Mais quand nous produisons un sonnet de Shakespeare, composons une messe en Si mineur, ou bataillons, au fil des siècles, aux prises avec la conjecture de Goldbach ou le problème des trois corps, nous nous transcendons. Alors, en vérité, il n’est point de "plus grand prodige que l’homme"."
Ces mots de George Steiner sont extraits d’un échange qu’il imagine, dans ce livre, entre un mathématicien, un poète et un musicien.
À leur tour, des chercheurs, des enseignants, des artistes, réunis pour discuter de « George Steiner, philosophe de la culture et de la transmission », nous disent ce que la lecture de son oeuvre aux mille facettes a apporté à leurs recherches, à leurs réflexions, à leurs choix culturels et disciplinaires.
La supériorité de l’économie européenne sur celle de la Chine a longtemps fait figure d’évidence, en particulier chez les historiens occidentaux. Au moment où l’actualité proclame ce qu’il y avait de transitoire dans cette suprématie, le livre de Kenneth Pomeranz pose la question de son caractère inéluctable. Récusant l’idée qu’une telle hiérarchie soit à chercher dans les civilisations elles-mêmes, il s’interroge sur la manière dont chacune a su résoudre les problèmes économiques, écologiques et géopolitiques posés par les processus de développement et par l’essor de l’industrie. C’est toute l’histoire de la mondialisation de l’économie depuis 1750 qui fait ici l’objet d’un nouvel examen, remettant en cause bien des idées reçues, tant sur l’Europe que sur la Chine, l’Inde ou les deux Amériques. On comprend ainsi que c’est l’inégale allocation géographique des ressources en charbon et la conquête du Nouveau Monde qui ont donné l’impulsion finale à l’économie européenne.
Dès sa parution en 2000, Une grande divergence a soulevé chez les historiens et économistes du monde entier un débat qui est loin d’être clos sur la naissance d’une économie globalisée. Sa traduction permettra aux lecteurs français de mesurer l’importance d’un livre unique, tant par sa perspective effectivement mondiale que par l’ampleur de son information et l’originalité de ses thèses.