Interview : À la rencontre des autrices de La Marche des femmes

Publié le 05 mars 2026
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Interview avec les autrices de La Marche des Femmes

Plongez dans les coulisses d’une BD qui célèbre les grandes figures féminines !

Annick Cojean, grand reporter, et Sophie Couturier, scénariste, signent La Marche des femmes avec l'historienne Michelle Perrot, grande pionnière de l'histoire des femmes et du féminisme. Le temps d'un week-end parisien, Michelle et la jeune Romy s'élancent sur les traces des luttes féminines : une cavalcade urbaine et mémorielle, un dialogue entre générations, la transmission vive d'un combat toujours en marche.

 

Comment est né le projet du livre La Marche des femmes ?

Sophie Couturier : Après la BD Une farouche liberté (2022), adaptée du livre coécrit par Annick et Gisèle Halimi, c'était une grande joie de retravailler ensemble. L'enjeu était de convaincre Michelle Perrot de nous rejoindre. Quand elle a compris la force de transmission du médium BD auprès des jeunes, elle a accepté sans hésiter.

Annick Cojean : À 97 ans, Michelle est d'une curiosité insatiable, et toujours gourmande de nouveauté. Elle n'a de cesse de vouloir éclairer les silences de l'Histoire et de réparer l'invisibilisation des femmes. Sa rigueur et son goût de la nuance sont plus nécessaires que jamais.

 

Pourquoi avoir choisi la marche comme principe narratif pour raconter ces figures féminines ?

Annick Cojean : Parce que l'histoire des femmes peut être décrite comme une succession de luttes pour leurs droits et libertés personnelles et politiques. Un chemin périlleux mais un mouvement irrésistible.

Sophie Couturier : C'est une marche dans le temps, l'Histoire, et dans l'espace, Paris qui devient le théâtre des conquêtes de celles qui ont ouvert la voie.

La Marche des Femmes avec Michelle Perrot, d'Annick Cojean, Sophie Couturier et Emma Ere

Comment avez-vous choisi ces lieux et les figures mises en avant dans la BD ?

Annick Cojean : Certains lieux s'imposaient : l'Assemblée nationale, l'Académie française, le café, à Saint-Germain-des-Prés, Les Deux Magots, la Librairie des Femmes... Michelle en a suggéré d'autres, comme la bibliothèque Marguerite Durand, dans le XIIIe arrondissement. Chaque visite – jusqu'à celle de l'Opéra de Paris, où les deux héroïnes assistent à une représentation de Carmen – permettait d'aborder les combats menés par les femmes.

Sophie Couturier : L'échange était très fluide, très riche, et aussi très joyeux. La convergence intellectuelle a été immédiate, et Michelle s'est totalement impliquée. Nous avons ainsi abordé tous les thèmes : le droit de vote, la contraception, la prostitution, l'avortement, jusqu'aux questions plus contemporaines du genre et des féminicides. Les dialogues – comme celui, étonnant, où Michelle se dit « queer », invitant chacun au droit à la fluidité, à la liberté et à la tolérance – sont nourris de nos échanges et validés par elle.

 

 

Annick Cojean, Sophie Couturier et Michelle Perrot, autrices de La Marche des Femmes

© Samuel Kirszenbaum 

La BD est construite sur le dialogue entre les deux protagonistes. Comment s'est-il écrit ?

Sophie Couturier : Le dialogue s'est imposé naturellement, dans ce jeu de ping-pong entre Michelle, pédagogue hors pair, et Romy, si spontanée et sensible qu'elle a fini par devenir vivante à nos yeux. Parce que le dialogue dit l'échange, l'écoute, le partage : la transmission ne peut pas être verticale. Romy questionne, s'indigne, doute. Pleine d'allant, elle grandit au fil de la marche, s'affirme, se confronte parfois à Michelle, toujours avec respect et tendresse.

Annick Cojean : Michelle, elle, apporte le temps long, le recul, la nuance. C'est une chercheuse, pas une militante. Elle ne donne pas de leçons à Romy, mais lui ouvre des perspectives et des outils pour réfléchir par elle-même, parfois contre elle-même !

 

À qui s'adresse cette BD ?

Sophie Couturier : À toutes et tous et surtout aux jeunes qui y trouveront les clés sur les processus historiques d'invisibilisation des femmes...

Annick Cojean : Et qui réaliseront à quel point chaque droit a dû être arraché... et reste donc fragile.

Sophie Couturier : Pour que les garçons appréhendent mieux ces combats et qu'ils en deviennent les alliés. Eux aussi ont tout à y gagner.

 

Êtes-vous optimistes pour la suite des luttes féministes et des projets qui pourraient suivre La Marche des femmes ?

Annick Cojean et Sophie Couturier : Optimistes, oui. Mais lucides. Des vents mauvais soufflent actuellement, comme le masculinisme. Mais les jeunes femmes d'aujourd'hui considèrent l'égalité femmes-hommes comme une évidence. Elles ne sont pas prêtes à renoncer, ni à se laisser voler leur droit au bonheur. Comme Romy, elles sont audacieuses, déterminées à reprendre le flambeau.

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