Interview : Marie Pavlenko & Barbara Brun, les créatrices de Jojo le scarabée
Découvrez un conte écologique hilarant !
Pouvez-vous nous raconter d’où est venue l’idée de cette histoire ?
Marie : Enfant, je me passionnais pour les animaux, je consacrais une grande partie de mon temps à lire des encyclopédies que j'ai fini par connaître quasi par cœur. À l'adolescence, je me suis calmée, mais j'ai gardé un immense amour pour le vivant. La vie a passé. En 2015, avec une amie, je me suis mise à l'ornithologie. Ensuite, c'est la grande glissade : j'ai commencé par étudier et observer les oiseaux, puis je me suis intéressée aux mammifères, et assez naturellement, je suis arrivée aux insectes. Un été, j'étais chez moi dans les Cévennes et je potassais un guide de nos amis à six pattes. Je suis tombée sur la page des bousiers et j'ai tout lu avec une grande avidité. Je les trouvais beaux, drôles et merveilleux. Jojo était né.
Barbara : L'idée appartient à Marie. L'aventure de Jojo est parue la première fois en podcast sur Arte Radio, au printemps 2025. Je n'ai rejoint le projet qu'après, séduite par la dérision et l'humour de cette histoire.
Trouvez-vous difficile d’aborder des thématiques telles que la politique et l’écologie dans un livre à destination des enfants ? Comme vous y prenez-vous ?
M : Ce qui est sûr, c'est que toutes les maisons d'édition de littérature jeunesse ne sont pas prêtes à aborder ces sujets... Nous évoluons dans une société folle, qui ne sait plus accueillir l'autre (humains, non-humains), qui piétine le vivant pour le seul profit de quelques-uns, s'engraissant et détruisant notre bien commun à toutes et tous : la terre, ce qui pousse, ce qui vit, l'eau qui coule, les pollinisateurs qui nous donnent des fruits, des légumes, la beauté des forêts, du chant des oiseaux. Les enfants ne sont pas stupides. Ils ont des parents, ils captent des bribes de conversations, de reportages. Ils ont besoin de savoir, de comprendre. Je m'efforce de leur dire la vérité, et j'aime à penser qu'en lisant, ils aiguisent leur citoyenneté. Surtout, je leur fais confiance. Je n'ai pas de tabou. Je les emmène partout, je sais qu'ils suivront. Je sais qu'ils en sont capables.
B : C'est effectivement très délicat. Mais je suis convaincue qu'avec l'humour et le jeu on peut éveiller et questionner, sans pour autant effrayer ou accabler... J'ai à cœur de créer des livres avec lesquels on passera un bon moment !
Barbara, comment avez-vous abordé le travail graphique de cet album ?
Comme pour chacun de mes albums, je cherche à trouver une "couleur" singulière. Faire le choix de la palette, des matières et de l'écriture graphique. La technique du dessin à la plume et la couleur directe à l'aquarelle est la technique avec laquelle je suis le plus à l'aise et cela faisait sens avec le propos (contrairement au dessin numérique par exemple). Cette fois-ci la difficulté était de trouver une ambiance qui harmonise trois univers très différents qui se mélangent au fil de l'histoire : Celui du minuscule, des insectes, du vivant, de la faune et de la flore... Celui du béton, des industries et des politiques (moins poétique à première vue !) ... Et celui d'un géant, comme sorti d'un conte. Un défi passionnant !
Malgré la catastrophe écologique décrite dans cet album, le texte et les illustrations conservent de l’humour et le récit se conclut positivement. Était-ce important pour vous d’apporter cette touche de lumière ?
M : Oui, ne serait-ce que parce qu'il est encore temps. Le vivant est puissant, nous pouvons encore ne pas tout cramer. Mais l'été nous l'a montré : il faut réagir vite.
B : Absolument ! L'approche poétique m'a permis de créer une sorte de barrière avec la catastrophe écologique annoncée et de conserver les différents niveaux de lecture du texte. J'ai choisi de rester sur le fil entre réel et étrange. J'espère que l'illustration apporte aussi sa dose d'absurdité !



