Interview exclusif avec Kentin Jarno pour son nouveau roman ♟️

Publié le 12 janvier 2026
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Nox - Entretien avec kentin Jarno - Fou de la Reine

Le retour de l'auteur de "Jamais 203"

Après le succès de "Jamais 203", Kentin Jarno, 30 ans, signe, dans la collection NOX, un roman fascinant où une partie d’échecs devient à la fois affrontement intérieur et jeu meurtrier. Dans un pensionnat d’élite, chaque personnage incarne une pièce de l’échiquier – et disparaît à mesure que la partie se joue. Thriller, histoire d’amour et miroir intime, "Fou de la Reine" explore les démons et la lumière de son auteur.

Fou de la Reine

Le succès de votre romance Jamais 203 a été phénoménal. Comment l’avez-vous vécu ?


C’était la concrétisation d’années de travail, un immense bonheur. Mais je suis très perfectionniste, j’ai le goût des choses bien faites. Ce succès a donc aussi engendré une certaine pression : l’attente du public, la peur de décevoir.
 

Comment est né Fou de la Reine ?


Cela faisait longtemps que je voulais écrire sur les échecs, une discipline que j’adore. Même si je la pratique en amateur, j’ai dû faire beaucoup de recherches. Et comme je suis passionné de thrillers, j’ai eu envie d’associer cette passion du jeu à une intrigue à suspense. Chaque personnage correspond à une pièce de l’échiquier et finit par disparaître réellement au fil d’une partie virtuelle. Dans le pensionnat, cadre du roman, un tueur en série rôde. C’est un jeu de mort, mais aussi une histoire d’amour et de résilience.

Fou de la Reine est un véritable page turner. Quel dispositif narratif avez-vous mis en place pour créer le suspense ?


J’ai choisi d’écrire au présent, à la première personne du singulier. Chaque chapitre donne la parole à un personnage différent. L’idée était de plonger le lecteur dans leur intimité, dans leurs émotions les plus vives. Le « je » crée une proximité très forte. On vit l’histoire à travers plusieurs consciences, on partage leurs doutes, leurs peurs, leurs élans. Cela donne un rythme très immersif – on a vraiment l’impression que l’action se déroule sous nos yeux. 

 

Vous avez publié une trentaine de livres en autoédition (la plupart sont aujourd’hui « dépubliés » à votre demande). Et sept romans en librairie… D’où vous vient cet élan littéraire ?


J’ai toujours beaucoup lu et écrit. Et je crois que c’est né d’un besoin de survie. J’ai été un enfant battu, élevé dans la violence et l’insécurité. Les mots ont été mon refuge. La littérature m’a sauvé. Elle m’a permis de poser mes douleurs, de leur donner du sens, de transformer la violence en quelque chose de beau. Écrire est un acte de réparation. Je ne sais pas à quoi ressemblerait ma vie sans la littérature.
 

Cette urgence, on la ressent dans vos romans.


Oui, c’est viscéral. J’ai toujours eu cette affinité particulière avec les mots. Certains m’émeuvent profondément. Ils ont une musique, une saveur. Parfois, un mot suffit pour “lever” un décor. Par exemple, le mot “poussière” appelle un vieux château, des pierres lourdes, la pénombre, le mystère… 

 

Vous abordez en filigrane des thèmes ultrasensibles : l’anorexie, le harcèlement, la quête de soi… 

 

Parce qu’ils font partie de moi. J’ai connu le harcèlement, je combats l’anorexie depuis l’adolescence. Et je me sens une responsabilité : parler de ce que l’on tait. L’anorexie masculine, par exemple, reste très invisibilisée. J’ai envie d’être pour les autres ce que personne n’a été pour moi. De montrer qu’on peut s’en sortir, qu’on n’est pas seul.

 

Fou de la Reine est-elle une « dark romance » ?


Non. La dark romance met en scène des relations malsaines, ce n’est pas le cas ici. C’est au contraire une relation très saine, lumineuse même, au coeur de l’obscurité. En revanche, j’assume l’univers dark academia : les châteaux, la culture, la mélancolie élégante. C’est un roman de vie, un thriller, un roman d’amour — et, toujours, un peu de moi.

 

Vous mentionnez une bande-son en exergue. Pourquoi ?


La musique nourrit ma fibre artistique. Je n’écris pas forcément en musique, mais j’en consomme beaucoup et certaines chansons m’aident à poser un décor et à évoquer des thèmes sensibles. Ici, plusieurs morceaux évoquent l’anorexie ou le sentiment de solitude. Cette playlist, c’est une porte d’entrée dans l’univers du livre. Tout se répond : les mots, la musique, les émotions.
 

Que souhaitez-vous que les lecteurs retiennent de Fou de la Reine ?


D’abord le plaisir de lecture, l’évasion. J’écris pour offrir une échappatoire. Que les lecteurs oublient leurs soucis, comme moi j’oublie les miens en écrivant. Et puis, j’espère semer des graines. De tolérance, de bienveillance, d’écoute. Fou de la Reine, c’est une histoire de mort, certes, mais surtout une histoire de courage et de renaissance. 

Kentin Jarno

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