Interview : un roman d’amour signé Tatiana de Rosnay

Publié le 12 mars 2026
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Tatiana de Rosnay - Les cœurs sont faits pour être brisés

Plongez au cœur de son nouveau roman, « Les cœurs sont faits pour être brisés » !

Avec ce roman de passion, de rivalités et de métamorphoses, Tatiana de Rosnay nous embarque dans le vertigineux chassé-croisé d’un trio amoureux entre les années 1980 et aujourd’hui, raconté au rythme haletant du polar.

Comment est né ce roman et quelle est l'origine de son titre ?
Ce roman est né de plusieurs idées. En premier, l’envie de sonder les sources d’inspiration intimes des écrivains. Puis celle d’imaginer une histoire d’amour... C’est une première pour moi, vu que j’ai le plus souvent exploré infidélités et trahisons !... Et, enfin, le désir d’évoquer un de mes auteurs préférés, Oscar Wilde, le magnifique. Le titre du livre est d’ailleurs une citation de Wilde, tirée de De Profundis

 

La mort tragique d'Oscar Wilde à Paris dépasse le simple décor du roman. Pourquoi avoir voulu rendre hommage à l'éternel poète et au dandy flamboyant ?

Tout le monde – ou presque – connaît les aphorismes de Wilde, son panache, son style si particulier, et son sombre héros : Dorian Gray. Mais peu sont au courant des détails de sa mort à Paris en 1900. Mon roman n’a absolument rien d’une biographie, je le précise. Wilde n’apparaît dans mes pages que par un truchement imaginaire lié au travail universitaire de mes héroïnes, mais ce fut une façon pour moi d’attirer l’attention sur sa fin si poignante.

Une partie de l'intrigue se déroule dans l'Angleterre des années 1980. Avez-vous puisé dans vos propres souvenirs pour recréer cette époque ?
En effet, à part certains passages à Annecy et à Paris, le livre se déroule à Londres et à Norwich. Ressusciter « mes » années 1980 fut une priorité, mais aussi un plaisir fou, pas seulement à cause de la playlist qui se trouve en fin d’ouvrage. Je suis une grande nostalgique de cette époque-là. J’ai cette chance d’être une créature hybride franco-britannique : j’écris mes livres dans les deux langues simultanément. Et donc, oui, j’ai puisé dans un vivier personnel pour évoquer mes années universitaires d’Outre-Manche et les ateliers d’écriture. D’ailleurs deux des textes que j’ai rédigés à l’époque se retrouvent imbriqués dans mon roman. Mes héroïnes, Audrey (la libraire) et Marlo (la romancière), sont inventées, mais elles ont chacune quelque chose de moi. Quant à Laszlo, l’homme qu’elles aimaient toutes deux, je n’en dirai pas plus... 

 

« Les cœurs sont faits pour être brisés » se lit comme un polar, mais aussi comme un roman d'amour et une ode à la littérature. Sous quel angle aviez-vous imaginé ce récit ?
J’avais plusieurs angles en tête : un amour impossible, un mystérieux manuscrit inachevé, et le portrait de deux femmes aussi opposées que la lune et le soleil. En écrivant ce roman, je me suis laissée emporter par mes personnages. Je voulais que mes lecteurs soient intrigués, qu’ils aient envie de tourner les pages. 

Dès les premières lignes, Audrey, une libraire londonienne, apprend la mort mystérieuse de Marlo von Graf, une romancière célèbre qu’elle avait connue à l’université dans les années 1980. Jadis amies puis rivales, elles ne s’étaient jamais revues... 

 

Comme dans « Manderley for Ever », où vous redonnez vie à Daphné du Maurier, votre roman explore le pouvoir de la littérature, ses sortilèges, ses vérités et ses mensonges. Pourquoi ce thème vous fascine-t-il autant ?
Ce roman est un hommage à l’esprit éternel d’Oscar Wilde, mais aussi à la grande Daphné du Maurier et son romanesque sillage de secrets, elle qui m’a tant inspirée. Peut-on croire ce qu’écrit une romancière ? Les écrivains ne sont-ils pas des menteurs invétérés pour qui inventer des histoires reste une déformation professionnelle ? Leur spécialité n’est-elle pas de constamment brouiller la frontière entre fiction et réalité ? À l’instar de Marlo von Graf, mon héroïne romancière, j’ai pris du vrai, j’en ai fait du faux, qui ressemble à du vrai. Le pouvoir de la littérature, c’est exactement cela : faire croire aux lecteurs que tout est vrai. Les embarquer, les emporter, les faire vibrer. Et, comme dirait Marlo, qu’importe au fond, si c’est vrai ou faux.

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